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Une création tout en dénouement

Premier filage de la création Batekmila de l’ICB en euskara, destinée au public non-bascophone, combinée comme la danse des rubans

Komunikabidea
Le Journal du Pays Basque
Mota
Albistea
Data
2005/11/03

Les acteurs viennent de Renteria, de Zumaia ou de Guéthary et combinent naturellement trois langues sans qu’aucun ne soit vraiment trilingue. Surtout pas Pascal Daniel-Lacombe, la metteuse en scène du Rivage qui mène sa troupe en français dans le texte et en jargon universel dans l’expression des mains. On est déjà dans la pratique théâtrale. Et tant mieux pour un spectacle essentiellement en basque qui s’adresse aussi aux non-bascophones (lire aussi le JPB du 27 octobre). Mais plus qu’un mélange, clamé par les acteurs pour annoncer un pot-pourri de contes et légendes basques, le brassage voulu par l’Institut culturel basque pour combiner les langues et les disciplines, est pensé comme "un croisement, une superposition" raconte Frank Suarez, chargé de mission pour le spectacle vivant au sein de l’ICB. Clé de cette approche, la Zinta Dantza, la danse des rubans que les danseuses basques croisent et décroisent autour d’un mât en un complexe entrelacement (lire ci-dessous).



Fil rouge de la création



Une pratique utilisée comme le fil rouge de cette création en cours, qui sera présentée au public basque demain et samedi, avant de tenter sa chance sous d’autres cieux. Mardi après-midi, dans la salle de Louhossoa qui a provisoirement retrouvé un équipement technique à sa mesure, on réalisait justement le filage de la pièce. Une histoire de passefilage coloré où se succèdent cinq tableaux de théâtre, imprégnés des Contes et légendes du Pays Basque du Garaztar Jean Barbier et d’autant de ballets ou d’intermèdes dansés. Ce sont ces dix tableaux qu’il s’agissait de lacer, en suivant le déroulé de la Zinta Dantza. Comme la danse des rubans, l’intrigue de Batekmila se noue, les disciplines se superposent et chargent l’espace, puis se décroisent vers un dénouement épuré. La fin est semblable au début. Le chant de Beñat Achiary pour débuter et pour conclure. Au commencement était le verbe et la genèse même du projet de l’Institut culturel basque était de mettre les arts au service de la langue basque.



La musique suit également de près cette chorégraphie jusqu’à devenir le c¦ur de cet entrelacs. Laurent Martin, qui en a signé la composition, a été sensible à cet écheveau qui se noue et se dénoue lorsque les danseurs reprennent leurs pas à rebours. "Un geste qui crée l’illusion de la réversibilité du temps" note le compositeur qui était, durant toute l’année 2004, invité conjointement par le Conservatoire national de région de Bayonne et l’École internationale Musikene de Donostia. Cette "illusion de la réversibilité du temps", Laurent Martin la considère dans un programme musical déjà éprouvé : "guider implacablement l’auditeur jusqu’à l’évidence de la catastrophe, le ramener en arrière avec fermeté en suivant des étapes reconnaissables, jusqu’à son point de départ qui apparaît alors comme un apaisement".



Musique électronique



Lui s’est d’abord inspiré du ruban de la danse, comme d’une bande magnétique qui lui a suggéré la musique électronique. Son instrument, c’est la voix de Beñat Achiary et la grande palette de timbres dont il dispose. Montée très lente, jusqu’à la tension d’un cri à son sommet, puis accalmie et redescente. Une formule efficace, au moins dans la première partie dansée qui figurait mardi au programme du filage.Neuf danseuses des Ballets Biarritz Dantzaz également recrutée des deux côtés de la frontière trouvent des gestes simples pour accrocher grondement "achiaryen", léger ou inquiétant. Gaël Domenger, qui signe la chorégraphie de ce ballet junior, y trouve une esthétique simple, une épure délicate mais riche de trouvailles photographiques. Le contraste se fait immédiatement avec la précédente apparition des comédiens comme si l’on combine théâtre burlesque et danse contemporaine. Deux couleurs de rubans qui vont pourtant s’enlacer vers une démarche plus moderne et faire miroiter des légendes oubliées, justement recueillies en 1931 dans la tradition orale.Les bascophones trouveront sans doute plaisir au jeu et à cette renaissance des contes, dans une écriture signée Annette Vautreau et Pascal Daniel-Lacombe, traduite en basque par Daniel Landart. Les autres, invités à explorer la culture basque, se nourriront de l’intention. "On perdrait le pari si les francophones se pomment dans la pièce" résume Frank Suarez.



· Création



Batekmila.Vendredi 4 et samedi 5 novembre. 21h Louhossoa.15 à 3 €.







«J’ai voulu observer nos rapports au sein d’un groupe»

La Zinta dantza est une danse qui nous fait remonter vers une époque très ancienne, aux traditions de célébration du printemps et du renouveau de la nature. A travers cette ronde rituelle, les hommes faisaient appel aux liens qui les unissaient au Cosmos pour garantir la fertilité de la terre, des animaux et des humains. Pour nous rappeler que le monde est vivant et célébrer ainsi sa constante renaissance, la Zinta dantza réunit un cercle de jeunes filles autour d’un poteau symbolisant l’arbre de vie (aussi appelé arbre de mai dans certaines traditions). Elles y sont rattachées par un ruban, véritable cordon ombilical symbolique.



Dans la tradition basque, leurs mouvements chorégraphiques entremêlent puis démêlent leurs rubans respectifs à l’image de la vie, célébrant ainsi le renouveau en toute chose.



Dans mon interprétation de la Zinta dantza, j’ai voulu observer nos rapports les uns aux autres au sein d’un groupe, mettant l’accent sur les échanges d’énergies entre individus comme entre la Terre et l’Humain. En ces temps de rupture, il m’a semblé essentiel de célébrer notre indépendance avec la nature, pour partir à la recherche d’une force émanant du passé et rayonnant encore de nos jours. Sur ce chemin, c’est avec évidence que quelques symboles de la culture basque se sont imposés à la structure chorégraphique. Mais si j’ai occulté toute représentation symbolique du mât sur scène, c’est pour rappeler avec force qu’en chacun d’entre nous demeure un arbre de vie.

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