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"Un rapport ancien, complexe et changeant entre le Pays Basque et le carnaval"

Xabier Itzaina /Chercheur CNRS

Egilea
Clemence Labrouche
Komunikabidea
Le journal du Pays Basque
Mota
Elkarrizketa
Data
2011/02/09
Lotura
Le journal du Pays Basque

De manière générale, pourquoi le carnaval est-il (ou reste-t-il) une fête populaire un peu partout dans le monde ?

L'une des raisons est la multiplicité des significations associées au carnaval. Certains y voient un temps de contestation provisoire des hiérarchies sociales. D'autres, au contraire, une célébration de la ville telle qu'elle est. Certains y voient l'expression d'anciennes solidarités collectives quand d'autres, au contraire, y voient le summum de la liberté individuelle par le masque. Ces interprétations contradictoires produisent un consensus mou autour du carnaval.

Quel rapport le Pays Basque entretient-il avec le carnaval ?

Un rapport ancien, complexe et changeant. La particularité des carnavals basques ne vient pas tant de leur contenu, mais plutôt de leur survivance jusqu'à aujourd'hui alors que la société est profondément transformée. Ce «maintien» s'explique par une mutation permanente du sens attribué au carnaval. En Pays Basque Sud, beaucoup de carnavals ont par exemple été interdits pendant le franquisme, ce qui n'a fait qu'accentuer leurs dimensions symboliques et politiques.

Comment expliquer le renouveau que connaissent les carnavals en Pays Basque depuis 30 ans ?

D'abord il faut noter que dans beaucoup d'endroits, l'éclipse n'a pas été si longue que cela. Il était relativement aisé comme à Hasparren à la fin des années 1970 de retrouver les anciens kaskarot pour remonter le cérémonial. La mémoire était encore fraîche à la différence de beaucoup de régions d'Europe. Par ailleurs, le mouvement culturel basque a fortement valorisé le carnaval, et notamment sa fonction de tribune déclinant les problèmes sociaux.

L'expérience du Labourd en terme de carnaval est-elle différente de celle des autres provinces ?

En tant que province la plus urbanisée, le Labourd a connu un affaiblissement assez marqué des fêtes de carnaval, notamment dans les années 1960-1970. Seuls Ustaritz, Espelette et quelques autres villages maintiennent alors des cortèges annuels. Mais sur le long terme, l'interruption a été relativement brève, puisque les tournées de kaskarot et de masques reprennent à la fin des années 1970 et dans les années 1980 dans la plupart des villages. Je renvoie sur ce point aux travaux de Thierry Truffaut(1).

A l'intérieur du Labourd, les usages sont-ils différents selon les villes/les villages et les périodes considérées ?

Il y a d'abord des différences entre les carnavals urbains et ruraux. Bayonne a par exemple une tradition ancienne de célébration des jours gras, avec promenade des boeufs gras par les garçons bouchers, danseurs kaskarot venus des villages voisins, procès de San Pantzar brûlé et jeté dans la Nive. Dans les villages, sans doute, les cortèges les plus étoffés étaient-ils ceux des gros bourgs comme ceux d'Ustaritz, Hasparren, Sare ou même le bas-Cambo jusqu'en 1939. Mais, en gros, c'est un même modèle sur l'ensemble de la zone rurale.

Comment expliquer ces différences d'usages ?

Il peut y avoir des explications sociales, comme l'urbanisation ou le recul de la langue basque qui a fait par exemple presque disparaître les bertsulari qui accompagnaient soit les danseurs, soit les procès de San Pantzar dans plusieurs villages du Labourd par exemple à Sare ou à Cambo. Mais il y a aussi des facteurs plus individuels comme la présence ou l'absence d'un maître de danse ou de musiciens. La tradition d'Ustaritz par exemple doit beaucoup à Hypolite Hiriart, violon et maître de danse d'Arruntz (un quartier d'Ustaritz) à la fin du XIXe siècle.

(1) Joaldun et Kaskarot. Des carnavals en Pays Basque, Elkar, 2006.

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