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Première mascarade de l'hiver

Egilea
Nicole Lougarot
Komunikabidea
Le journal du Pays Basque
Mota
Albistea
Data
2010/01/27

A l'arrière, le cortège tapageur des Kautere (chaudronniers tsiganes) hommes et femmes hissés sur une charrette tirée par deux chevaux. Parmi eux, Jauna eta Anderea (le Monsieur et la Dame) en habits de mariage (costume pour lui, robe de mariée pour elle). Les personnages féminins sont assurés par des hommes déguisés en femme. Un personnage paraissant plus grand que les autres, habillé d'un manteau noir et le visage couvert d'un masque en peau de bête, fait claquer son fouet au milieu du cortège qui fait son tour de piste. Certains Kautere sont sur de vrais chevaux. Le cortège est impressionnant et magnifique.

Une mascarade osée

Tiens donc, ce village devait avoir de bons danseurs pour passer d'un à quatre Zamalzain, par contre pas de trace de nos autres Aitzindari (danseurs), peut-être parce que la troupe sait qu'ils sont d'introduction plus récente dans les mascarades (XIXe siècle). Quant au groupe de la chèvre, c'est une nouveauté cette année en Soule... Franchement, le vieux et la vieille se comportent de manière assez osée pour un vieux couple, seraient-ils nos Laborari et Laborarisa (le paysan et la paysanne) qui sont d'habitude si sages en fin du cortège des locaux ? Ils ont aussi remis l'ours sur la scène, on sait qu'il existait il y a longtemps dans les cortèges souletins. C'est lui qui mourra quand son petit groupe jouera une saynète, et le docteur le ressuscitera.

Et que viennent faire Jauna et Anderea au milieu des Kautere ? Apparemment ils font partie de ce groupe, et nous allons assister dans une des saynètes à un mariage tsigane. Le discours de Kabana (chef des chaudronniers) à Lacarry en 1928 ne faisait-il pas aussi allusion à la préparation d'un mariage ? Mais là ils y vont un peu fort, la mariée va se sentir mal, en fait elle est sur le point d'accoucher... le jour de ses noces ! Elle va mettre au monde un gros poupon qui sera jeté sur l'herbe. Il fallait oser, nos notables de Soule ! À moins que là aussi il ne s'agisse d'une reprise de scène depuis longtemps interdite chez nous par le clergé, ou peut-être tout simplement autocensurée par les acteurs eux-mêmes : l'accouchement d'une Bohémienne durant la mascarade !

Mais voilà le moment du discours fait par un des personnages aux élus locaux. Il démarre par un «Aho Aho !» et les autres personnages le ponctuent d'un cri commun.

Un sentiment de déjà-vu

Mais quelle langue est utilisée ? Non, c'est incompréhensible et les gens rient pourtant de bon coeur à côté. Mais où sommes-nous ? En fait, nous sommes dans un petit village de Moldavie roumaine. Le 31 décembre, les jeunes gens de la plupart des villages jouent des mascarades. Après la représentation et une halte dans le bar du coin, ils sillonneront les rues du village et s'arrêteront dans les maisons pour offrir leurs jeux en échanges d'offrandes.

Ainsi, à plus de 2 500 kms de notre vallée de la Soule, on retrouve des mascarades ressemblant étrangement aux nôtres, dont la plupart des personnages sont déguisés en Tsiganes. Fonds européen commun comme le disent les spécialistes des carnavals ? Et s'il restait encore l'ombre d'un doute, elle s'est envolée durant ce voyage.

Les mascarades sont bel et bien des fêtes que les Tsiganes nomades, puis sédentarisés dans nos régions, offraient aux populations autochtones. Ceux-là même, dont certains sont des descendants des Tsiganes sans le savoir, se sont depuis longtemps approprié ces fêtes, en faisant même un symbole de leur identité. Suivant les régions, les ressemblances restent frappantes.

Reste à savoir s'il est judicieux de continuer à représenter les personnages tsiganes comme nous le faisons dans les carnavals. Les femmes Kaldera (du groupe des chaudronniers) représentées en Roumanie se comportent de manière très vulgaire, soulevant leurs jupes et découvrant des dessous assez obscènes... elles sont pourtant habillées exactement comme les femmes Kaldera qui vivent dans les villages où se font les mascarades. Leurs pendants masculins font quant à eux des discours très osés au contenu souvent pornographique.

Seuls des Roumains sont dans le public, les Tsiganes Kaldera, les vrais, ne participent pas à la fête ! Nos Bohémiens et Kautere de la mascarade sont eux aussi représentés comme des personnages assez grossiers... D'où cette question qui nous taraude de plus en plus : est-on obligé de se déguiser en Tsigane pour se lâcher ainsi en période de carnaval ?

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