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Bi Harriz Lau Xori et ses quatre amours : danse, musique, cinéma et arts visuels

Egilea
Carole Suhas
Komunikabidea
Le journal du Pays Basque
Mota
Albistea
Data
2012/03/14
Lotura
Le journal du Pays Basque

Le mardi 20 mars prochain, au Royal, c’est le long-métrage d’animation Gartxot qui essuiera les plâtres. Gartxot, que l’on ne présente plus (voir édition du 16/11/2011), a pourtant peu franchi la Bidassoa et voilà que Bi Harriz Lau Xori l’invite sur la côte du Pays Basque Nord. Plus d’excuse donc pour voir cette grande première cinématographique qui, outre la performance technique et artistique, est aussi un plaidoyer pour la langue basque, un appel à lutter contre l’assimilation, tout en (re)découvrant l’histoire de la conquête de la Navarre. A cette occasion, les réalisateurs Juanjo Elordi et Asisko Urmeneta, ainsi que leur collaborateur Mattin Irigoien seront présents pour parler plus avant de leur création. L’inévitable Bertsolari du réalisateur Asier Altuna sera bien évidemment de la partie, une occasion rare de le (re)voir à Biarritz.

Nouvelle création basque

Du côté des arts visuels, on retrouvera les lauréats Hogei’ta de l’Institut culturel basque, Bertrand Dezoteux et son film en 3D tournée à Irissarry, Txerri, ainsi que Nader Koochaki Etxebarria, sociologue de formation, qui s’est éloigné du format académique pour chercher d’autres modes d’expressions et qui se penche, lui, sur les questions de patrimoine, d’héritage, de continuité, le tout fondé sur une relation étroite, voire confuse, entre la photographie et la vidéo. Une réappropriation de ce qu’est la culture basque aujourd’hui, telle qu’elle est vécue et appréhendée par de jeunes créateurs. Un travail qui se fera en collaboration avec la médiathèque de Biarritz, et particulièrement son département image qui développera également un atelier vidéo avec Bertrand Dezoteux, ouvert à tous, et qui ne boudera pas son plaisir en invitant une nouvelle fois, au mois d’août prochain, les deux artistes basques pour une performance vidéo inédite.

Passons maintenant à ce qui est peut-être la nouveauté majeure de cette année, la partie musicale qui n’aura plus lieu comme cela se faisait jusqu’à présent à la Gare du Midi, mais à la salle de musiques actuelles l’Atabal. Le début d’une collaboration que tous espèrent durable, et pas seulement sur un plan logistique. C’est en effet deux propositions pour deux sensibilités. François Maton, nouveau directeur de l’Atabal, s’appuyant sur ses réseaux, a proposé d’inviter Mursego, l’une des artistes majeurs de la scène indépendante basque, que l’on a surtout l’occasion d’entendre en Pays Basque Sud et trop rarement ici. “Mursego, artiste du label bIDEhUTS, fait partie de ces groupes indépendants qui évoluent hors des sentiers traditionnels de la musique. Elle construit ses morceaux avec des boucles de sons qu’elle développe ensuite avec sa voix et ses samplers, tout en improvisant”, détaille-t-il. Mursego ne s’embarrasse pas vraiment des frontières entre concert et performance artistique. Après cette première partie de choix, les aspirations de Bi Harriz Lau Xori se sont, elles, tournées vers la Kabylie et son musicien d’Amazigh Kateb qui sera à n’en pas douter LE temps fort de ce festival, de par sa rareté (voir encadré ci-contre).

Les mots par le corps

A mi-chemin entre arts visuels, sonores et musique, on retrouve le “concert-radio” de la bertsulari Maialen Lujanbio et du fondu de son Xabier Erkizia, déjà présent l’an dernier à Bi Harriz Lau Xori avec son projet Soinu mapa, carte postale sonore de la ville de Biarritz. Il est accessoirement le fondateur du festival Ertz, dévoué entièrement au son sous toutes ses formes. Selon les termes d’Eloixa Ospital (Biarritz Culture), “Xabier Erkizia est très attaché à la radio qui est le lieu de tous les imaginaires, il considère que le son peut jouer avec toutes les frontières et particulièrement le son radiophonique”. Dans cette quête de l’abrogation de frontières, les deux artistes se retrouvent sur scène, l’une improvisant et lui triturant le son. Un moment auquel il faudra assister pour en comprendre pleinement l’essence.

Cette année, c’est sur le quatrième oiseau, la danse, que s’achèvera Bi Harriz Lau Xori, avec deux pièces. Gorpitz, de la compagnie EliralE, qui en a profité pour rencontrer les élève du collège Fal et travailler avec eux la notion de corps et d’écriture chorégraphique. Les élèves de la section bilingue du collège biarrot ont créé et étudié des poésies de divers auteurs basques pour en faire ensuite une mise en corps toute personnelle.

La littérature à travers la danse, c’est aussi la problématique qui traverse la création d’Asier Zabaleta, chorégraphe de la compagnie de danse Ertza. Inspiré des écrits de Harkaitz Cano, le chorégraphe, à son habitude, s’est attaché à mettre en scène les questions existentielles qu’il se pose. Avec Act of God, la peur, la liberté, la superstition, le libre arbitre, seront autant de notions abordées par le prisme du “Créateur”. Deux compagnies à la démarche créatrice pluridisciplinaire que Biarritz se fait une fierté de suivre depuis plusieurs années, que ce soit pour Bi Harriz Lau Xori ou pour le Temps d’aimer.

Niveau tarifaire, les prix ne dépasseront pas les 20 euros (soirée à l’Atabal). Il est possible de se procurer des places sur le site Internet de Biarritz Culture, à l’Atabal et dans les points de vente habituels.

 

Amazigh Kateb, un Kabyle à Biarritz, après les années Gnawa diffusion

Pour tous ceux qui auraient adoré le Amazigh Kateb des années Gnawa diffusion, c’est maintenant en solo qu’il fait sa route depuis 2009 et la sortie de son premier album intitulé Marchez noir. Avec ce nouveau tournant, le chanteur algérien, sans se départir de son écriture poétiquement engagée, s’autorise à enfin mettre en musique les mots de son père, le poète Kateb Yacine.

Ce dernier, considéré comme le fondateur de la littérature algérienne moderne, n’aura de cesse d’entraîner son fils sur les routes de la révolte et de l’insoumission, ainsi que sur celles du théâtre populaire kabyle qu’il a fait revivre. Amazigh, “homme libre” en berbère, après avoir arpenté les chemins de la Kabylie aux côtés de son père, s’est vu contraint au choc de l’exil en émigrant à Grenoble à l’âge de 15-16 ans, mais aussi à la disparition de son père.

Pendant les années d’errance qui ont suivi, comme son père, Amazigh Kateb grattera ses mots jusqu’à sa rencontre avec ses compagnons de Gnawa diffusion. Avec eux, il fera revivre le son des Gnawas, les esclaves africains déportés dans les cours des rois du Maghreb, selon la même logique que le gospel ou le blues aux Etats-Unis. Le gospel maghrébin qui devient souffle de libération est alors porté par Gnawa diffusion sur toutes les routes pendant près de 20 ans. Une musique de transe, lancinante, qui n’a de cesse de captiver Amazigh Kateb qui, s’il est davantage dans l’introspection, ne s’est pas calmé.

Depuis 2009, c’est un nouvel Amazigh Kateb qui débarque, entouré de sa nouvelle formation, Le Poison rouge, constituée d’anciens membres de Gnawa diffusion, dont Mohammed Abdennour, virtuose du mondole, Amar Chaoui aux percussions, célèbre pour son phrasé endiablé, ainsi que les frères Philippe et Pédro Bonnet, respectivement à la batterie et à la basse.

De son album Marchez noir, Amazigh Kateb, dira qu’il est “une insomnie en forme de manifeste : un manifeste pour l’amour, la révolution, la danse, la sueur et la résistance. Il correspond à un besoin de faire le bilan humain et artistique de 20 ans d’exil et de deuil, de route et de scène, de solitude et de collectif. C’est une nouvelle naissance à plus d’un titre”.

La poursuite d’une lutte entamée par les mots avec son père et qui se poursuit aujourd’hui sur des notes. “Il y a la rencontre tellement souhaitée du vers paternel avec la mélodie d’un fils. Il est devenu soudain possible d’offrir à un père parti trop tôt une partie de vie et d’émotion, de couleur et de sensation. C’est un plaisir de s’accaparer une écriture autant qu’elle peut vous emmener. Je ne rêve plus de mon père. Il est debout à mes côtés”.

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