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Beau comme un bleu de travail

Pas à pas jusqu’au dernier / Cie Androphyne. Pierre-Johan Suc

Komunikabidea
Le Journal du Pays Basque
Mota
Kritika
Data
2005/09/17

Qu’il est difficile d’être performerŠ Avec Pas à pas jusqu’aux derniers la Compagnie Androphyne, mélangeait en effet la danse, le théâtre et les arts plastiques, en une propositionŠ contemporaine. Pourquoi cette peur du mot ? Durant 50 minutes, une danseuse évolue dans un décor cartonné, lequel reconstitue sur scène un chantier aux airs furieusement seventies. Le chorégraphe est aux manettes d’une régie son et lumière installée sur le plateau, aux côtés d’un guitariste jouant en direct des riffs saturés, amplifiés façon sound system (En Jamaïque, la musique, c’est le son, c’est-à-dire les vibrations).



On pense aux Velvet Underground, à la factory d’Andy Warroll, mais aussi aux performances de Yves Klein, l’inventeur du body art et d’un bleu dûment breveté. Un spectacle plaisant et réjouissant. La danseuse porte un costume blanc d’homme et des chaussures bateaux. Elle sort d’un carton roulé qu’on avait pris pour une colonne des décors, et qui va se révéler être son partenaire principal. Car la jeune femme est seule. Elle ne comprend pas pourquoi elle est catapultée dans ce qu’on devine être une sorte de fête underground. La danseuse ne danse pas. Si, elle danse. Mais en utilisant une gestuelle quotidienne. Clin d’¦il à Billy Jean. Elle interpelle le public, cherche quelque chose. S’enchaînent les séquences faussement improvisées. Des lumières vertes ou violettes clignotent. Le son monte et l’assourdissement se fait rame de métro, ou bombardement. Puis, soudain, l’actrice prend le micro. Dialogue à sens unique d’une fille un peu soûle, abordant une autre personne, l’entraînant à danser. Très beau texte. Le ton parodique laisse vite place à une comédie vibrante. On aimerait être abordé comme cela, ou avoir le courage de parler de cette manière. Puis ça repart. Danse, intervention du chorégraphe qui soulève la moquette en carton pour édifier une colline préfabriquée beige, bientôt maculée de peinture bleue. Hommage à Klein.



Et ça marche. Mais pas pour tout le monde. "Je ne sais pas quoi en penser". "J’ai trouvé cela misérable, convenuŠ" Ce qui pose une question très peu souvent évoquée en art : à quel moment joue-t-on le jeu ? Jeudi soir, c’était flagrant : les gens étaient hésitants, entre curiosité, agacement et relâchementŠ Si l’on prend un parti fonctionnaliste, toute ¦uvre est l’objet d’un contrat tacite entre un émetteur (l’artiste) et un récepteur (le public). Un système de codes culturels permet aux gens de profiter, et de juger de leur plaisir esthétique. Or, l’art contemporain tend à vouloir se passer de contrat, comme un retour aux sources du troc et de la palabre. Cherche-t-il le bâton pour se faire battre ? D’autant que le problème se double d’une tendance complaisante, au sein du spectacle vivant. Beaucoup de structures tentent le coup double de passer pour avant-gardiste tout en réduisant leurs frais (quatre personnes, peu de matériel, quelle aubaine, c’est autre chose que le Ballet de Nice). Avec le risque de programmer des compagnies un peu légères, de celles qui masquent leurs limites en parlant de liberté ou de " pluridisciplinarité ", pour le plus grand bonheur des festivals d’art de la rue, par exemple.



Rien de tout cela ici. Pierre-Johannn Suc et Carole Bonneau ont été formés au Centre national de danse contemporaine d’Angers. Leurs choix artistiques sont dictés par le désir. Certes, rien de révolutionnaire, mais le spectacle évite les écueils du genre, à savoir l’essoufflement, l’allégorie, la pesante gravité, l’ironie facile... La scénographie est pertinente, l’ambiance sonore réussie. Très simple et beau moment de spectacle.



Julien LACOSTE

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