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Ballet tragique à Lausanne

Le chorégraphe français Maurice Béjart, qui a ouvert la danse au grand public est mort à l’âge de 80 ans

Komunikabidea
Le Journal de Pays Basque
Mota
Albistea
Data
2007/11/23

Au Pays Basque, on se souvient de la simplicité du célèbre chorégraphe lors de ses deux passages au festival de danse le Temps d’aimer et du beau cadeau qu’il fit en 1998 en présentant, en avant-première, un état de travail du Jardin du presbytère.Trois représentations à la Gare du Midi de Biarritz au cours desquelles Maurice Béjart montait sur scène pour expliquer son travail dans un besoin constant d’ouvrir la danse contemporaine au plus grand nombre. En retour, la ville de Biarritz lui avait rendu hommage en lui remettant un Makila d’honneur, faisant de fait du danseur un prestigieux makilari.

Pour son 80e et dernier anniversaire, Maurice Béjart avait créé à Lausanne une vie du danseur, racontée par Zig et Puce, un retour sur ses principales créations en forme de "méli-mélo" malicieux. C’est "un mélange qui m’amuse. J’ai envie de me ficher de la figure de ce monsieur - moi - qui après toutes ces années monte encore des spectacles", confiait-il. L’affiche du spectacle était barrée d’un "Amor-4-Vingt": une manière de proclamer que le maître aura toujours (quatre fois) vingt ans...

Le chorégraphe du Boléro de Ravel (1960) disait ne pas craindre la mort car "elle est une certitude". "Je crois que l’on meurt toujours à temps (...) Le temps est compté différemment pour chacun, mais on meurt à temps", avait-il déclaré à l’agence de presse suisse ATS. Dans ses écrits, on relève également de funestes pensées sur le rôle du chorégraphe : "Je suis un architecte et j’ai une maison à construire.Quand elle sera terminée, je m’en irai" disait Maurice Béjart, pour qui la mort était aussi "la porte du sexe", dans une fusion lyrique "eros thanatos".

 

Traitement cardiaque

L’artiste, qui était en très mauvaise santé depuis plusieurs années, avait été hospitalisé la semaine dernière afin de suivre un traitement cardiaque et rénal "strict" qui devait durer plusieurs semaines. Il avait déjà été admis à l’hôpital le mois précédent, officiellement pour se remettre d’un "coup de fatigue".

Malgré sa santé défaillante, le créateur de quelque 140 chorégraphies a suivi quotidiennement jusqu’à son hospitalisation les activités de sa compagnie. Il surveillait en particulier l’avancement du Tour du Monde en 80 minutes, dont la présentation était annoncée pour le 20 décembre à Lausanne en première mondiale. Le spectacle devait ensuite partir à Paris en février 2008, puis en tournée mondiale.

Le Béjart Ballet Lausanne était le dernier avatar d’une troupe née à Paris en 1954 avant d’émigrer pendant 27 ans à Bruxelles où l’ensemble avait pris la forme du "Ballet du XXe siècle". Avec des mises en scène parfois extravagantes, Maurice Béjart a emporté l’adhésion du public et l’a familiarisé, non sans mal, à la danse contemporaine comme à la musique concrète. Né le 1er janvier 1927 à Marseille, Maurice Berger (qui devait plus tard adopter, en hommage à Molière, le nom de famille de l’épouse de celui-ci, Armande Béjart) est le fils du philosophe Gaston Berger, qui fut membre de l’Institut. Après une licence de philosophie pour cet adepte de Nietsche, le ballet était un Gai savoir il avait abandonné ses études pour se consacrer à la danse, découverte à l’âge de 14 ans sur les conseils de son médecin pour "fortifier son corps malingre".

Après une formation classique à Londres et à Paris, il avait signé sa première chorégraphie en 1952 pour un film suédois, L’oiseau de feu, dont il est le premier interprète. Dénonçant rapidement un art "coupé des masses", Maurice Béjart a innové avec Symphonie pour un homme seul (1955), sur la musique d’avant-garde de Pierre Henry et Pierre Schaeffer. "On m’avait dit : Œvous allez faire fuir les gens’", se souvenait Maurice Béjart...

Le chorégraphe gardait une certaine ranc¦ur envers la France, qu’il avait quittée en 1960 pour s’établir à Bruxelles. "Je n’ai jamais reçu un centime du gouvernement français", rappelait-il. Il disait ne pas avoir "eu honte de faire beaucoup de mauvais ballets". "Sur la quantité, on jette, il n’y en a pas beaucoup qui sont bons, peut-être cinq ou six choses qui ne sont pas trop mauvaises", expliquait-il.

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