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Au paradis avec Blanca Li

Blanca Li Chorégraphe

Egilea
Clémence Labrouche
Komunikabidea
Le Journal du Pays Basque
Mota
Elkarrizketa
Data
2009/10/30

Vous avez choisi le célèbre triptyque de Jérôme Bosch pour élaborer votre nouvelle chorégraphie. Qu'évoque ce tableau pour vous ?

J'ai découvert ce tableau du XVIe au Musée del Prado avec un regard d'enfant. Il m'avait toujours enchantée. Je suis régulièrement retournée au Musée pour le contempler. Il figure parmi les premiers spectacles sur lesquels je souhaitais travailler dès mes débuts de chorégraphe. J'ai attendu des années, jusqu'à ma rencontre avec Eve Ramboz, pour réaliser ce rêve d'enfant.

Justement, pour cette chorégraphie vous avez travaillé de concert avec Eve Ramoz. Comment s'est passée cette mutualisation des idées ?

Le jardin des délices est une chorégraphie en dialogue avec les images du film d'animation d'Eve Ramoz. Avec ces deux mondes qui s'entremêlent, on a parfois la sensation qu'il y a deux spectacles dans un même spectacle. Il y a d'un côté l'énorme travail vidéo d'Eve, travail qui a trait à l'animalité du corps. De l'autre côté, il y a l'évocation du monde contemporain. Jérôme Bosch a peint son monde. Moi, je voulais aussi évoquer mon monde (et certaines des obsessions du monde contemporain) à travers son monde.

A l'instar du tableau, la pièce évoque-t-elle les problèmes de notre époque en triptyque ?

Non, je n'ai pas suivi le triptyque. Je n'avais pas envie de raconter le triptyque, mais plutôt de l'utiliser pour raconter des choses personnelles. Je me suis surtout inspirée du paradis qui est le panneau central du tableau. Pour la plupart d'entre nous, le Jardin des délices évoque l'enfer. Mais moi je n'avais pas envie d'être en enfer, j'avais plus envie d'être au paradis avec un spectacle en couleurs, plein d'humour, inspiré du monde de ces personnages qui sont dans un endroit idéal. Par la suite, à travers cette vision idyllique, je suis arrivée aux portes de l'enfer, mais un enfer évoqué de manière très succincte.

J'avais davantage envie de plaisanter. On a assez souvent l'enfer devant nous dans nos vies quotidiennes, je n'avais pas davantage envie de parler de choses noires.

Quels sont pour vous les problèmes et les obsessions de notre société contemporaine ?

Ce ne sont pas nécessairement des choses horribles, mais avec lesquelles on doit vivre, qui font partis de notre vie quotidienne. Il n'existe pas de volonté de critiquer de ma part ; elles sont évoquées parce qu'elles sont là. Signifier simplement que je suis consciente des changements de notre société.

Par exemple, avec l'interdiction de fumée généralisée dans les lieux publics, les gens se lèvent et tu es souvent seule à table. Tu te demandes «Mais qu'est ce qu'il se passe ? Ah, ils sont tous en train de fumer dehors». C'est une situation qui me fait toujours rire.

Avec les communications, c'est la même situation : on est constamment connecté. On a besoin d'être connecté. On est constamment avec les portables, les mails. Il y a une nécessité d'être joignable tout le temps qui s'est inscrite dans notre vie. Moi je ne suis pas pour ou contre : j'assume simplement que notre monde soit aujourd'hui comme ça. C'est une folie, mais elle est là !

Ces nouvelles formes entrent dans le paradis, parce que pour beaucoup de monde c'est un plaisir le téléphone, non ? (rires). Il y a une partie terrible et une partie fantastique et c'est ces deux parties qui se retrouvent dans le tableau.

Comment transformez-vous en mouvement les postures -figées- d'un tableau ?

Non, pour moi ce n'est pas figé ! Dans ce tableau, ils sont déjà entrain de danser. On mettait des photos du tableau partout parterre dans le studio. On les observait, on se mettait dans des positions et à partir de là, on commençait à créer. Et sincèrement, comme le tableau est déjà très chorégraphique, l'inspiration était très forte et très claire.

De manière rétrospective, l'oeuvre de Jérôme Bosch a été jugée comme sacrilège. Avec les Jardins des délices, êtes-vous dans cette posture ? Avez-vous envie de choquer les spectateurs ?

Non, je n'éprouve pas le besoin de provoquer. Mes spectacles ne sont ni sombres ni noirs. Parfois, je parle même de choses qui sont profondes ou quotidiennes toujours d'une manière positive. J'essaie aussi de plaisanter de moi-même dans des moments difficiles. J'essaie de mettre de la couleur dans les choses que je fais ; même s'il s'agit d'événements ou d'actes difficiles. J'essaie de mettre de l'allégresse dans chacun de mes gestes.

Je travaille beaucoup l'esthétique, pour que le spectateur soit dans un monde irréel différent qui le sorte de son quotidien. Pour moi, c'est plus important que la provocation. Je veux qu'ils sortent de cette heure et demi avec moi en ayant le sentiment que quelque chose à changer en eux. Ce partage d'une relation unique développé à travers le spectacle doit être à chaque fois un souvenir d'un moment unique et fantastique.

Dans ce tableau du XVIe siècle, les corps sont majoritairement nus. Comment avez-vous abordé cette nudité dans votre chorégraphie ?

J'ai très peu évoqué la nudité en tant que tel dans le tableau. Elle s'exprime davantage par le biais d'une esthétique plutôt contemporaine pour les corps... quelque chose de sensuel ou de sexy, à l'image de notre société où l'on parle constamment de sexe. Tu vas acheter une bouteille d'eau, il y a une femme «à poil» dans la bouteille, tu vas acheter une aspirine, on voit apparaître un anti-cellulite... Le sexe est utilisé partout dans notre monde. Compte tenu de cette constance, j'ai pensé qu'on pouvait aussi l'utiliser dans le spectacle. Le sexe est évoqué, il n'intervient pas directement sur scène.

Comment pourriez-vous décrire cette création à un public qui ne l'aurait pas encore découverte ?

J'avais très envie de m'amuser et de rigoler. Le monde est un peu «merdique» en ce moment, avec la crise, la grippe, tous les problèmes... C'est un spectacle très amusant avec des parties qui évoquent le quotidien avec beaucoup de plaisanteries, d'ironie et en même temps, c'est un spectacle très poétique. A la fois amusant et touchant.

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