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“Oroitzen naiz”, la mémoire des corps revisitée par Mizel Théret et ses interprètes

Egilea
Carole Suhas
Komunikabidea
Le Journal du Pays Basque
Mota
Albistea
Data
2011/09/22
Lotura
Le Journal du Pays Basque

Qu’est devenu ce corps de danseur 60 ans après ? Comment se mouvoir lorsque nos os se font plus fragiles, nos gestes plus flous et notre force amoindrie ? Comment faire face aux années et aux souvenirs de sa jeunesse de danseur ? Comment dépasser la technicité de la danse pour la rendre humaine ? Toutes ces questions, Mizel Théret les met en scène avec sa création Oroitzen naiz, qui a pour interprètes des figures de la danse et de la culture basque, Philippe Oyhamburu, Koldo Zabala et Jean Nesprias. Interprètes respectivement âgés de 90, 75 et 84 ans.

Ils présenteront ce travail inédit de 62 minutes à quatre reprises au Colisée de Biarritz les 29 et 30 septembre prochains, le 1er octobre, puis le 2 octobre. Ils seront ensuite au Théâtre Principal de Donostia le 4 octobre à 20 heures.

Un défi un peu fou

Réaction de Philippe Oyhamburu lorsque Mizel Théret lui propose de danser : “Il est fou, mais ça a l’air pas mal, alors pourquoi pas”. “Et il faut dire que pour l’instant, on tient le coup, après, c’est sûr que le bambin [c’est-à-dire Koldo Zabala, le plus jeune à 75 ans, ndlr] qui est là, lui, il va résister”, rigole le senior de cette joyeuse troupe. Seulement, tout n’a pas été si facile que pourrait le laisser croire leur décontraction. “Ce projet était difficile, bien sûr, tout d’abord parce qu’ils ont tous trois eu des parcours de danseurs très différents et qu’il a fallu qu’ils comprennent mon écriture chorégraphique. Ils ont eu l’audace de ne pas me prendre pour un fou (pas tout à fait du moins) et les inquiétudes du début se sont envolées lorsque nous avons commencé à travailler”, détaille Mizel Théret, le chorégraphe. “Dans ce Pays Basque qui est très désuni, il était important d’unir ces trois danseurs”.

Le danseur est humain

L’autre défi était bien sûr physique pour ce projet, puisque leur âge avancé, Mizel Théret le dit lui-même, ne permet pas une projection à long terme, et c’est un peu au jour le jour que cette création évolue. “Ce qui n’a pourtant pas refroidi le ballet Malandain Biarritz et l’Institut culturel basque qui nous ont soutenus, financés et produits sans réticence”, se félicite Mizel Théret. Au-delà de ce pari, qui ne peut pas se résumer à une lubie, c’est toute l’image du corps que peut renvoyer la danse que questionnent les quatre hommes. “Je défends une danse humaine, le danseur n’est pas un surhomme. J’aime les montrer dans leur fragilité. C’est ce qui fait la poésie et l’humanité de la danse”. Un point de vue qui apporte un vent nouveau, et c’est un comble que ce soit des danseurs seniors, sur ce que pourrait être la danse contemporaine. Car c’est bel et bien de la danse contemporaine que nos trois interprètes ont dû apprendre.

Complicité visible

“C’est une danse de la lenteur, de la poésie qu’ils livrent”, poursuit Mizel Théret. “Tous trois ont fait preuve d’une énorme générosité. On m’avait prévenu de leur caractère parfois colérique, mais il n’y a eu aucune colère. Ils étaient disponibles, n’ont pas hésité. Le plus dur pour moi était de ne pas me montrer intimidé face à eux que j’admire énormément. Je pense que ce travail que nous avons accompli ensemble aura des conséquences sur ma façon de concevoir la danse dorénavant”.

Et c’est peut-être ce qui est le plus frappant lorsqu’on les regarde, cette espèce de fraternité qui pourtant n’était pas gagnée dès le départ. “Il est vrai que nous nous sommes retrouvés avec un peu de circonspection. Nos parcours de danse avaient été très différents et nous avons été éloignés pendant toute notre carrière. Finalement, une vraie fraternité est née entre nous”, résume Jean Nesprias.

Tous s’accordent à dire que la danse, c’est par l’esprit qu’ils la vivent, et même si leur corps est moins vif, la danse les habite. Comme le résume Mizel Théret, “le danseur est nu, il ne peut pas mentir. Nous sommes dans la vérité des corps”.

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